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Réponse d'un Franco-Gabonais au sujet du racisme anti-Blanc

 

A Guillaume Floris, Laurent Levy, Danièle Obono, Aïssa Terchi, tous-toutes les membres du Front de Gauche.

 J'ai été très très choqué par votre article sur http://www.rue89.com/rue89-politique/2012/11/16/racisme-antiblancs-le-spectre-de-lanti-france-ou-la-grande-confusion. Notamment par cette phrase. 

'Le racisme antiblanc n’est en rien du racisme'

L'article commençait bien. Rassurant. Pour après prendre une autre tournure déplaisante. Une telle forme de cécité fait peur. Alors oui : le racisme anti-blanc existe mais duquel parlons-nous ? De celui fantasmé qui arrange les racistes blancs qui veulent se dédouaner ? Ou de celui véritable, qui est concret, et non un mythe.

En tant que franco-gabonais, je ne peux pas lire ce genre de phrase sans réagir. Je suis né au  Gabon, j'y ai vécu 16 ans, de père gabonais noir et de mère française blanche. En tant que métis, j'ai vu aussi bien du côté blanc que du côté noir que les relations interraciales, les mariages mixtes et leurs enfants dérangeaient beaucoup de monde. Les enfants n'oublient pas. Je ne suis pas le seul dans cette situation. Je n'ai jamais oublié les camarades, nous avions 15/16/17 ans, noirs de bonne famille, de l'élite, dire tout haut que les blanches qui aiment les noirs sont des salopes qui aiment la queue, quand ils voyaient ma mère venir me chercher. Je n'oublierais pas toutes ces petites réflexions usantes : oui, toi tu fais comme les blancs, tu portes les jeans comme un blanc, tu manges des trucs de blancs, tu écoutes des trucs de blancs. C'était usant. J'avais envie d'être moi mais il y avait toujours un plaquage racial là-dessus. Les métis servent souvent de défouloir anti-blanc dans les sociétés africaines. Les homos aussi qu'on accuse d'être des agents des blancs, de la perversion blanche. D'ailleurs la perversion dans ces pays est assimilée aux blancs. L'argent, très souvent également. Et cette façon de penser on la retrouve dans une partie de la diaspora.

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J'ai appris à gérer cela, à répondre à la connerie, quelque soit le côté d'où elle vient. Il m'a fallu du temps pour digérer cela néanmoins, l'admettre pour moi-même et le dire. Sachant que le dire n'était pas bien vu non plus. je ne parlais pourtant pas de ressenti mais d'anecdotes vécues. Je fus traité de menteur plusieurs fois. Tout va bien, tout va bien, non ce que tu dis n'est pas possible. Maintenant les langues se délient et des deux côtés, on commence enfin à en parler, ouvertement. Pour savoir ce qu'il faut faire. 

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Etre écolo, de gauche, anticapitaliste etc ne cautionne pas une telle cécité. Parce qu'en face, parmi ceux et celles qui lisent, on peut se sentir heurté.

 Le racisme, les préjugés ne doivent pas être seulement jugés à l'aune des obstacles qu'ils génèrent d'un point de vue pratique : emploi, logement, principalement. Il y a aussi l'espace de vie, au sens des relations : intimes, amicales, familiales. Beaucoup de relations ont été détruites par la force des préjugés qui ne venaient pas toujours d'où on les attendait. Oui c'est fatiguant pour une femme blanche mariée à un africain noir d'être souvent ramenée à LA FEMME BLANCHE de la famille au bout de 30ans, d'être un peu mise de côté par sa belle-famille parce qu'elle ne comprendrait soi disant pas tout. Oui c'est fatiguant d'entendre des africains dire que l'homosexualité est un truc de blanc -tant d'hypocrisie laisse sceptique. C'est fatiguant en tant qu'artiste quand des programmateurs ou des journalistes africains me disent : on ne peut pas parler de vous, vous faites de la musique de blanc. Là je parle de mon cas personnel. Mais la liste est longue, longue, longue de ce genre d'anecdotes vécues par les uns, les autres, des métis, des  blancs, des noirs qui sont liés à des blancs.  Et on ne peut pas dire, comme le rappelait un collègue, Luc, du blog culture et chanson, d'un côté : le racisme est universel et de l'autre  que le racisme antiblanc n'est en rien du racisme. Il y a des préjugés sur ce que doit être un blanc, pense un blanc etc. Comme beaucoup de blancs pensent qu'un noir doit être comme ci, penser ainsi, vivre ça etc.

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 C'est une situation triste, mais réelle et heureusement pas systématique, parce que dans l'ensemble les gens arrivent à vivre en société, malgré les difficultés. Il y a des gens pour qui réellement tout va bien et qui se foutent éperdument de ce genre de débat. Mais puisque nous y sommes, dans le débat, je ne vois pas comment vous pouvez vouloir aller dans le sens du vivre ensemble lorsque vous sortez ce genre de propos. 

Une chose semble certaine : d'un point de vue travail ou accès au logement, le racisme anti-blanc n'a quasi aucun impact. Economiquement, ce sont les plutôt les plus clairs qui discriminent les plus fonçés. 

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'Le racisme antiblanc n’est en rien du racisme'

Je suis étonné que tous les membres du Front de gauche soient d'accord avec ce genre de mensonge.Il y a un racisme anti-blanc réel en France et ailleurs. Une sorte de conglomérat de préjugés. Il faut avancer, malgré tout. Comme il faut pouvoir avancer malgré le racisme franc, assumé d'une partie de la société française blanche. Mais il faut en prendre acte, clairement dans les deux cas. C'est la meilleure façon justement de contrer les idioties de ceux et celles qui n'y connaissent rien et parlent d'un racisme anti-blanc fantasmé. 

 Jann Halexander

[http://www.apoplexia2008.blogspot.fr]

Anecdote : A plusieurs reprises, j'ai été confronté à des blancs ou des noirs qui m'ont dit, en parlant des femmes : les blanches qui aiment les noirs, c'est pour la queue. J'ai appris à répondre : peut-être. Et elles ont bien raison. Après tout elles font ce qu'elles veulent.

Ouest France