Présentation Masterclass du chanteur Jann Halexander/Bordeaux/Mardi 5 novembre 2013 [université Michel de Montaigne Bordeaux 3]

Bordeaux

 

Le mardi 5 novembre, de 14h15 à 17h15, le chanteur Jann Halexander était invité par le pianiste enseignant Pascal Pistone à l'université Michel de Montaigne Bordeaux 3 à donner une masterclass aux étudiant(e)s de la Licence Chanson d'Expression Française . Compte-rendu ci-dessous des propos de l'artiste sur la notion d'inspiration (thématique de la masterclass).

La notion d'inspiration

Par Jann Halexander, chanteur


Bonjour, je me présente, je suis le chanteur Jann Halexander. La thématique de ce cours, c'est comment trouver l'inspiration.

Alors voilà ce que dit wikipédia au sujet de l'inspiration, dans le cas des artistes :

Étymologiquement, "inspiration" vient du latin in spiritum, qui signifie littéralement "avoir Dieu en soi". Ainsi, une doxa largement répandue durant l'Antiquité voulait que l'inspiration artistique émane de Dieu.
Une inspiration est une idée qui vient du plus profond de nous. Mais parfois, quelqu'un ou quelque chose peut inspirer une nouvelle idée.
Enfin, on peut dire que l'on s'inspire de quelque chose d'existant pour ne pas dire que l'on a simplement copié une partie ou l'intégralité de l' oeuvre. Toutefois, lorsque cette copie est personnalisée, il est difficile de savoir quand cela donne une nouvelle œuvre.

Je remercie Pascal Pistone, enseignant de musicologie de l'université de Bordeaux de m'avoir invité ce mardi 5 novembre. Afin d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais évoquer ces mots du chanteur Guy Béart qui expliquait à l'animateur Bernard Pivot, dans l'émission Apostrophes, en 1985 qu'il n'avait aucun souci pour créer une chanson, que c'était une idée toute faite qui coulait comme ça, limpide, évidente, il y avait juste à cueillir les mots, les coucher sur papier, les chanter. Les autres invités de l'émission, Anne Sylvestre, Pierre Perret, Maxime Le Forestier ne semblaient pas aussi convaincus. Pour certains, certaines, ni ces noms que je cite, ni le mien sans doute, évoquent quelque chose, la France est un grand pays avec des millions d'habitants, il y a beaucoup d'artistes, dont les publics ne se mélangent pas forcément, il y a parfois aussi les différences de générations. Je ne pense pas que vous me connaissiez, cela dit je ne vous connais pas non plus et c'est donc l'occasion de faire connaissance, puisque nous sommes réunis ici par notre attrait pour la Chanson.

J'ai commencé à Angers, en 2003, au cabaret l'Autrement Café, qui n'existe plus maintenant. Plus jeune je ne me destinais pas franchement à la chanson, mais plutôt au dessin ou à l'écriture. Ma mère m'a appris le piano, j'avais 7 ans, à Libreville, au Gabon, où je suis né, en 1982. J'aimais composer des musiques, mais pas forcément des chansons. J'ai créé quelques textes, un peu influencés par Mylene Farmer. Pour les musiques, j'étais très inspiré par William Sheller. J'ai suivi des études de géographie à Angers, la ville de ma famille maternelle, une partie, disons, puis après la maîtrise, j'ai souhaité faire quelque chose sans rapport avec cette matière. J'avais été assez dégoûté par le milieu universitaire qui ressemblait à un panier de crabes.

J'ai un moment eu le désir de travailler dans les pompes funèbres, mais pour des raisons personnelles, cela ne s'est pas fait. L'idée de chanter s'est imposée à moi très vite. J'ai sorti une première chanson, Alien Mother, en décembre 2003, puis un 3 titres, L'Ombre Mauve en septembre 2004. J'ai travaillé à côté, dans un lycée, comme assistant d'éducation, le lycée Chevrollier, à Angers, à temps partiel, puis à Paris comme prestataire pour une société de télécommunications. Puis à partir de novembre 2008, je n'ai fait que ça, il a fallu faire un choix car je risquais vraiment le surmenage. Et puis des soucis personnels sans rapport direct avec l'art m'ont plongé dans état dépressif. C'est mon entourage qui m'a encouragé à quitter mon travail. Toutefois, j'ai travaillé à temps partiel en 2011, et pas très longtemps, à Paris, sans conviction, si on additionne les jours, ça fait même pas deux mois. C'était plus une perte de temps qu'autre chose. Disons qu'il a fallu du temps pour que j'accepte l'idée d'être artiste. La vie d'artiste, en France ou ailleurs, est objet de nombreux fantasmes, de malentendus, d'idées reçues. Je devrais même dire les vies des artistes, tant les conditions sont différentes d'un artiste à l'autre, il y a des aléas qui influent sur le parcours d'un chanteur, il y a le public, des relations, parfois, je t'aime moi non plus, avec le public. Les hauts, les bas. L'entourage joue un rôle crucial, parfois moral, parfois financier, parfois les deux. Mais la plus grande difficulté c'est soi-même, s'accepter soi-même, accepter ou non l'idée de continuer à chanter, créer des chansons. A laisser vibrer la flamme en nous ou la laisser s'éteindre. Finalement, à qui doit-on rendre des comptes en tant que chanteur ? Aux autres ? A la famille ? A la société ? A soi-même ? C'est une question assez délicate. Je n'ai pas de réponse toute faite. Ce que je sais, c'est que j'aime apporter du divertissement, de l'évasion aux gens, comme j'aime que d'autres personnes me fassent rêver, que l'on m'ouvre de nouveaux horizons.

Mais il est vrai que la flamme créatrice est un mystère. C'est elle qui donne tout son sens à notre destinée artistique. Comment vient-elle ? Comment peut-on l'entretenir ? Est-ce naturel ou est-ce que ça se travaille ? Dans nos années 2000, le coup de la feuille blanche et du stylo est un peu suranné. Beaucoup de créateurs jettent leurs mots sur ordinateur, sur téléphone portable en mode brouillon. Mais ça c'est à l'appréciation de chacun.

De quoi parler ? Il y a une phrase souvent citée par les auteurs de textes : tout a été dit mais pas par moi. Je dois bien avouer que j'ai beaucoup de mal avec cette phrase. D'abord tout n'a pas été dit, ce n'est pas vrai. Je dis souvent en rigolant qu'être métis, bi, et myope, comme c'est mon cas, et de voir comment finalement on s'insère, ainsi, dans la société autour, c'est très efficace pour avoir des idées, en faire des vers, les chanter. Mais bon je vous rassure, hein, pas besoin d'être nécessairement métis, bi et myope pour avoir l'inspiration. Personnellement j'en ai fait un atout, une façon de me démarquer, avec les risques que cela comporte puisque le milieu artistique est à l'image de la société. Il n'est ni plus ouvert ni plus fermé, il y a des courants assez ouverts mais aussi des courants complètement réactionnaires. Mais il s'est mis en place une sorte de cercle vertueux puisque ce que je suis a déterminé beaucoup de chansons qui ont contribué à m'accepter pleinement et ...m'imposer, je ne sais pas si c'est le mot, en tout cas montrer que j'existais, qu'on pouvait être comme je suis et exister, sans honte, sans se conformer à un modèle dominant. Ce n'est pas sans risques évidemment.

Mais j'ai voulu très tôt parler aussi bien de métissage, de racisme, du fait d'avoir des parents d'origines différentes, du Gabon, de la France, de la famille, de certaines fréquentations, de l'Amour dans toutes ses formes. Il y avait comme une urgence pour moi. Peut-être cela paraît banal maintenant, mais je vous parle d'une certaine époque, où prendre certains sujets à bras le corps, ce n'était pas si évident. C' était il y a 10 ans, c'est à la fois peu...et beaucoup. En 10 ans il se passe beaucoup de choses, énormément de choses. En 10 ans, pêle-mêle, Obama été élu, Mickael Jackson nous a quitté, il y a eu la guerre en Afghanistan, le désastre de Fukushima, les socialistes sont revenus au pouvoir en France, il y a tout un tas d'avancées technologiques diverses assez fulgurantes, un accès toujours plus généralisé à internet qui devient un média incontournable, des changements conséquents y compris dans le secteur artistique, sous l'effet de la 'fameuse' crise, des nouveaux métiers sont apparus, des nouvelles façons d'envisager la consommations sont apparues, se pérennisent, le mariage pour tous a été voté, acté, dans l'hexagone, les séries télé sont plus représentatives de la société française, voilà, tout passe vite, change vite, et certaines choses qui semblaient subversives il y a encore peu de temps le sont un peu moins maintenant. Je reviens sur cette phrase un peu trop courante à ce jour, tout a été dit mais pas par moi. J'écris et je compose des textes certes mais j'interprète aussi les chansons des autres, que j'intègre dans mes tours de chant. Par exemple, même si je voulais parler du destin d'un sans domicile fixe, je ne le ferais pas, parce que Romain Didier, Allain Leprest, Anne Sylvestre ou Clémence Savelli ont déjà abordé avec brio le sujet. Du coup si je souhaite parler de ce sujet, je privilégie l'interprétation d'une chanson du répertoire francophone, il y a plein de chansons, magnifiques, pas forcément de chanteurs morts, sur des thèmes très variés. On peut puiser là-dedans. Créer pour créer, ce n'est pas ce que je souhaite. Peut-être ai-je une vision utilitaire, peut-être que je reviendrais là-dessus dans quelques années, que j'aurais une position différente. Les chansons, je les crée essentiellement pour les gens, A Table, par exemple, des milliers de gens l'ont écouté, apprécié ou pas, mais c'est ce que je cherche, l'interaction, sinon je serais un chanteur de salle de bain. Je recherche l'interaction par le disque et surtout la scène.

Mais ce ne serait pas tout à fait vrai si je vous disais que je m'inspire uniquement de ce que je vois, de ce que j'entends, de ce que je lis, de la vie autour de moi. J'accorde beaucoup de confiance aux rêves, notamment la nuit et un nombre assez important de mes chansons, d'images, aussi bien les musiques que les mots, viennent des rêves. La vie d'artiste, avec ses doutes, ses joies est aussi un très bon sujet d'inspiration pour moi. Certains textes s'imposent d'eux-mêmes, d'autres, et bien j'y travaille, péniblement. Il m'arrive d'avoir des idées mais je n'ai pas d'angle d'approche, je suis un peu dans l'attente d'un déblocage, ce moment où tout d'un coup l'idée se déploie pour devenir chanson. Des fois le rêve peut y aider, des fois non. Je souhaiterai créer un texte sur l'altérité extrême, à travers le sujet des Aliens, mais je n'avance pas, je suis bloqué depuis 4 ans. En novembre 2011, j'ai chanté dans le nord de la France, dans de très bonnes conditions, accueilli par l'équipe municipale, hôtel 3 étoiles, restaurants 3 étoiles, il y avait quelque chose d'irréel car cela ne m'arrive pas tous les jours et je voulais en parler dans une chanson, pareil je n'y arrive pas. Il y a aussi des textes que j'ai écrit mais que je ne 'sens' pas. Ils sont dans des classeurs depuis des années, certains sont déposés à la sacem mais le cœur n'y est pas. Idéalement, je me dis qu'un interprète les défendrait mieux que moi. J'ai quelques chansons qui ont été interprétées par d'autres artistes, pour moi, c'est vraiment une forme de consécration.

Au début je ne voulais faire idéalement que de grandes chansons. Mais je suis un artiste de scène, et le public ne tient pas forcément le coup si on n'allonge que des grandes chansons avec des grands textes. De temps en temps, une chanson plus légère, une chanson plus simple, une chansonnette même, permet de faire une pause qui est bienvenue. Pour le public, pour soi aussi. Histoire de respirer un peu.

Je ne suis qu'un chanteur parmi d'autres, avec ses hauts, ses bas, mais je suis ravi de partager cette expérience avec des personnes qui projettent d'en faire un métier, ou du moins quelque chose de fondamental dans leur vie. Les chanteurs sont souvent isolés les uns des autres, je ne sais pas si c'est forcément bien. Alors certes on ne peut pas s'entendre avec tout le monde, ce n'est pas parce que quelqu'un est chanteur que je vais m'entendre avec lui, mais il arrive parfois qu'il y ait des affinités et on se sent moins seul, car la destinée d'artiste c'est quand même quelque chose d'incommunicable.


Personnellement, je considère que la vie est courte, et même si je suis agnostique, je ne suis pas très disposé à croire en une vie après la mort, combien même il y en aurait une, je l'imagine brumeuse, évanescente, c'est pourquoi j'accorde une grande importance à l'instant présent. Des fois je me pose pour réfléchir au passé, mais sans cultiver la nostalgie, je songe au futur sans trop m'inquiéter, enfin parfois il m'arrive de m'inquiéter, mais de toute façon, je me rends bien compte que cela ne sert à rien. Vous voyez le cours a démarré à 14h15, c'est déjà du passé. C'est une belle façon de constater à quel point le temps passe vite. J'essaye d''être intemporel dans ce que je crée. Je préfère être un never been qu'un has been, avoir été et ne plus être, c'est terrible et j'ai connu des artistes qui en ont véritablement souffert, parce qu'on est souvent à la merci de notre ego, on a du mal à prendre du recul. Les chutes, les désillusions, les humiliations, parce qu'il y en a peuvent être violentes.

Je ne suis pas sûr qu'on puisse proposer une façon de trouver l'inspiration. Mais un bon début, c'est déjà se connaître un peu soi-même. Qu'est-ce qui nous fait vibrer ? Qu'est-ce qui nous transporte ? Que désire t-on partager ? Que ne souhaite t-on pas partager ? Certains choisissent une certaine forme d'impudeur, c'est mon cas, d'autres cadenassent tout en pensant que le plus intime sera sauvegardé, ce qui n'est pas toujours vrai d'ailleurs. Plus on se livre et plus on peut devenir opaque pour ceux et celles qui nous écoutent, ça peut ajouter à la fascination.

On peut chanter sur tout. On peut chanter l'annuaire téléphonique, le mode d'emploi de sa clé 3G, son découvert à la banque, un acte de propriété, un contrat de location. Si on se laisse vraiment aller, on peut écrire une comédie musicale de 5 heures sur un lave-vaisselle qui ne marche pas, par exemple. On peut broder sur la bataille entre Copé et Fillon, ça peut être un sujet de chanson. Mais on peut aussi avoir peur de parler de certains sujets, rester dans du plus consensuel. L'amour, c'est le thème numéro 1. Mais de quel amour parle t-on, là encore c'est vaste.

Si on doit rechercher l'inspiration, il faut peut-être réfléchir sur soi. Qui je suis ? Tester aussi différentes ambiances. Personnellement, j'adore lire dans les WC et j'ai écrit de nombreuses chansons dans les trains. J'ai beaucoup de mal à écrire dans une brasserie, par contre dans un macdo, ça marche...je n'ai jamais écrit quoique ce soit dans un lieu de concert, de répétitions musicales par exemple, je n'y arrive pas. Dans un avion, c'est même pas la peine, je suis dans un état légumineux, pareil en bateau. Le lieu a beaucoup d'influence. L'heure aussi. Certains trouvent plus facilement l'inspiration lorsque l'aube se lève, d'autres sont plutôt nuit, d'autres encore ne peuvent produire quelque chose qu'entre midi et 2. Mais déjà savoir quand et où on est capable de créer c'est un pas en avant. Il ne faut pas forcément se fier à l'image d'épinal, genre le poète qui compose au pied d'un arbre ou dans un manoir. C'est parfois en voulant coller à ce genre d'image que ça foire. On peut être encore plus pragmatique. Est-on plutôt du genre à créer avant de manger, ou juste après ? Certains trouvent l'inspiration en nageant ou en faisant du jogging. On peut aussi accepter l'idée, que quand ça ne vient pas...et bien ça ne vient pas. On peut même fournir une chanson sur le fait qu'on ne trouve pas de chanson.

Si vraiment il faut fournir quelque chose, on peut utiliser des subterfuges. Quand j'étais plus jeune, il y avait un jeu qui consistait à reprendre une fable de la fontaine, par exemple le corbeau et le renard, ouvrir le dictionnaire, voir quel mot il y avait juste après corbeau, quel mot juste après renard et ainsi de suite, et ça donnait une nouvelle fable, pas forcément logique, mais en tout cas surprenante. D'ailleurs, écrire selon une logique n'est pas une obligation, écrire en vers, en rimes non plus. Mais je crois sincèrement que la clé de l'inspiration réside dans le fait de se connaître soi-même, s'accepter. De là, découle notre positionnement dans le monde et ça a une très grande influence sur la création.

Les échanges sont importants, je suis là pour répondre à toutes vos questions.

Des échanges intéressants ont eu lieu entre l'artiste et les étudiants. Le mardi soir, Jann Halexander donnait un concert dans la belle cave voûtée du Chat Gourmand, dans le centre de Bordeaux.

Label T.H


Quand Yann Denis chante Allain Leprest – de la Chanson à l'heure actuelle...

 

 

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Extrait de conversation off avec un journaliste radio vendredi dernier

Lui : Dans le fond, Jann Halexander, vous savez que vous êtes plus connu que vous ne le pensez.

Moi : Possible. Dans ce cas, on ne m'en a pas informé.

Lui : Vous avez vendu des milliers de disques et de dvd.

Moi : Oui. Pas assez. Je ne suis pas sûr d'en avoir profité. Et est-ce vraiment si important ?

Lui : Des milliers de gens vous connaissent, en France, à l'étranger, depuis 10 ans.

Moi : Pas assez. Mais oui, sans doute. Et puis 10 ans...c'est à la fois beaucoup et rien. Ce n'est que le début en fait.

Lui : Et les festivals alors ?

Moi : Je ne suis pas invité aux festivals, en général. Alors je n'y vais pas.

Lui : Vous êtes passé à la télé, quand même.

Moi : Ah la télé. Oui, j'y suis passé. Si peu.

Lui : Enfin, on vous reconnaît dans la rue, non ?

Moi : Rarement. Mais peut-être l'ai-je voulu ainsi, tout cela. Je ne sais pas. La vie suit son cours, j'essaye de ne pas avoir de rancoeur particulière. Je ne pense pas être amer. Je suis très content déjà d'avoir pu faire de la scène, des disques, tout ça...de la façon dont je le souhaitais. Dont je le souhaite.

Lui : Mais pourquoi vous chantez ?

Moi : J'ai réfléchi à cette question, je n'arrive pas à répondre, sinon des platitudes. Je dirais que je chante pour sublimer la vie. Peut-être par égo surdimensionné. Peut-être parce que je veux apporter du rêve, de l'évasion, de la transcendance aux gens qui se déplacent pour venir me voir en concert.

Lui : Ou peut-être que vous aimez tout simplement ça ?

Moi : Oui. Je chante pour tout le monde. C'est vrai que cela me gêne quand on me dit, même avec gentillesse que je suis un chanteur pour initiés. Ou quand on me dit que les toutes petites salles me vont tellement bien. A part le Magique, non je n'aime pas forcément les toutes petites salles. Et j'ai été surpris quand certains m'ont dit être un peu déçus depuis que parfois, je chante dans des plus grandes salles, peut-être plus grand public. Mais je m'adresse vraiment à tout le monde. Après, tout le monde ne peut pas aimer, c'est une autre histoire.

Lui : On a les contraites de l'émission radio, c'est vraiment dommage que tout ce qu'on se raconte là, on ne puisse pas en parler à l'antenne. Mais bon, pour une autre émission plus longue, j'espère. Je voulais vous dire, c'est curieux mais on dirait que la crise du disque, des concerts vous passe dessus, comme si cela n'avait aucune prise.

Moi : ...disons que...d'abord être artiste c'est une façon de vivre, d'être, de s'adapter à tout un tas de situation, ce n'est pas un métier comme les autres, je ne suis même pas sûr que ce soit un métier. Puis on en France, malgré tout, il y a des aides variées, j'ai eu quelques mécènes, des coups de pouce, je suis bien entouré. Tant que ça durera, je profite. Si un jour, tout doit s'arrêter, et bien on verra. Mais je considère que la crise ne doit pas m'empêcher d'écrire des chansons. Chaque jour est un jour nouveau, avec son lot de bonheurs et de difficultés. C'est la Vie, en fait.

Lui : Parler de la crise vous gêne ?

Moi : Oui. Disons que les questions sur la crise de la musique, du disque sont devenues des questions un peu faciles, habituelles, on embête les artistes avec ça. On leur demande d'être des sociologues, des économistes, de décrypter les aléas du marché, de donner leur avis là-dessus. Alors que ce qui compte avant tout c'est l'oeuvre réalisée, écrite, chantée. Je souhaite personnellement qu'on me juge sur mes œuvres, en bien, en mal, peu importe. C'est aussi ce qui m'intéresse chez les autres artistes. Ce qu'ils créent. Pas forcément la façon dont ils créent. Je ne suis pas fan des making-of. C'est un peu de la perte de temps.

***

Habituellement, il n'est pas bien vu quand un artiste parle d'un autre artiste...de façon, disons...plus nuancée, plus approfondie que les 'à conseiller', 'j'aime', 'j'adore'. Mais il y a tellement de choses qui ne sont pas bien vues que finalement...enfin s'il fallait s'arrêter à cela, on ne dirait plus rien, on ne chanterait plus rien. J'ai très tôt dû me confronter aux us et coutumes du Show-Biz, puisque j'en fais partie, que je le veuille ou non. J'ai réalisé à quel point le monde de la chanson/de la variété, ce sont des clans, des idéologies, des courants, qui souvent s'affrontent, ne se supportent pas. Ce n'est pas mon problème et comme je ne pense pas appartenir à une famille artistique bien définie -on me l'a suffisamment fait comprendre, je me sens encore plus libre d'aller vaguement par ici, vaguement par là. Je ne m'intéresse pas au degré de notoriété des artistes, à leur compte en banque, j'ai autant de respect pour Mylene Farmer que pour Clémence Savelli. Si d'autres veulent ériger des cloisons, grand bien leur fasse. Il y a des artistes que je n'aime pas, et vice versa, ce n'est pas anormal, c'est la comédie des relations humaines.

Je n'étais pas fan d'Allain Leprest. J'aime 4 ou 5 chansons de lui, c'est tout. Quand il nous a quitté il y a deux ans, cela m'a fait un choc sur lequel je me suis exprimé il y a quelques temps déjà, mais je ne me suis pas senti obligé de dire qu'il était formidable, ou que la chanson s'en est retrouvée orpheline. La réalité est terrible car elle nous rappelle chaque jour que nul n'est irremplaçable. Je l'ai vu chanter sur scène au Limonaire, je n'ai rien ressenti. Ce qui m'a fait mal au cœur c'est d'abord sa fin, prématurée. Et puis parce que, qu'on l'aime ou pas, il existait par lui-même. Des artistes comme Allain Leprest, Morice Benin, Jean-Pierre Réginal, encore de ce monde, ceux-là, et tant d'autres sont la preuve qu'il est possible d'être soi, en dehors des top50, des charts, des vacarmes médiatiques, des félicitations des uns et des autres, des courants etc. D'exister par soi-même. Être soi, alors que la vie est tellement courte, c'est déjà pas si mal.

C'est sur le bouche à oreille que je me suis rendu récemment au Magique voir le spectacle de Yann Denis chantant Allain Leprest, accompagné au piano par Jean-Louis Beydon. J'avais beaucoup d'appréhension. J'avais peur de m'ennuyer, car le répertoire m'attirait peu. Et c'est là la force d'un interprète. Il n'y a pas besoin forcément d'être fan de Leprest pour aimer le spectacle de Yann Denis. Il s'approprie les chansons avec une façon assez désarmante. Il séduit, il y a quelque chose de magnétique en lui. Certes de la gravité mais aussi parfois de la belle légèreté, et oui. Pas de flonflons solennels, de révérence à se cogner la tête au sol. C'est un spectacle qui s'adresse vraiment à tout le monde, par un chanteur interprète jeune, ancré dans l'époque actuelle. C'est pourquoi non seulement je conseille autour de moi, ce spectacle qui continue au théâtre des Déchargeurs jusqu'au 20 décembre, mais en plus je compte y retourner moi-même, avec plaisir.

Jann Halexander

 

Concert 27/09/2013...

A vendredi soir (27/09/13), 20h45, au concert au Magique, à Paris, pour fêter la rentrée, le changement de saison, en mots et en notes... (réservation sur Billetreduc.com ou 01.45.42.26.10)...Jann Halexander

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Photographies signées Monique Hottier...

La force d'un interprète : Yann Denis, spectacle ''C'est peut-être...Leprest''

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Le samedi 14 septembre, le mythique cabaret cabaret parisien Au Magique, créé par l'excellent chanteur Marc Havet, invitait le chanteur Yann Denis et le pianiste Jean-Louis Beydon à présenter leur spectacle-hommage à Allain Leprest. Soyons franc : c'est plus qu'un simple spectacle-hommage. Il n'y pas le côté solennel, morgue de rigueur, non, c'est un récital vivant avec un pianiste hors-normes (le mot est faible), qui fut également celui de Leprest pendant dix ans et un chanteur qui ne laisse pas du tout indifférent. Chez Yann Denis, il y a du magnétisme, de la séduction, de la belle violence. Le public, exigeant, a été conquis. Le chanteur nous rappelle l'importance de l'interprétation. 

Dans la chanson, la variété, il n'y a pas que des auteurs-compositeurs-chanteurs. Il y aussi des interprètes qui donnent de la voix, qui donnent de la Vie et qui font voyager les mots et les notes dans nos esprits. Ils s'approprient des textes, les partagent, les sauvent de l'oubli. On quitte les lieux, marqués, nul besoin forcément d'être un fan irréductible d'Allain Leprest pour rentrer dans le spectacle. Il y a de l'émotion. Il y a de l'humour. De la poésie. De la transcendance. Merci. 

''C'est peut-être Leprest'', spectacle au Théâtre les Déchargeurs tous les vendredis, jusqu'au 20 décembre 2013, 21h30. 3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris. Métro Châtelet. Réservations fnac.com ou 0142360050. Tarifs de 10 à 18 euros.

Http://www.lesdechargeurs.fr - http://yanndenis.pagesperso-orange.fr/yann.html

J.H

 

Nos envers-vies par le chanteur Nicolas Duclos

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Je garderais toujours un délicieux souvenir de la naissance du premier album de Nicolas Duclos. Cela faisait quelques temps qu’il chantait dans des salles parisiennes, comme le Magique, avait fait mes premières parties au Darius Milhaud, à l’Archipel, au Tremplin Théâtre. Et là, enfin, l’album, oui quelque chose d’émouvant parce que les conditions dans lesquelles cet album vit le jour étaient l’amitié même, la convivialité.

C’était chez ma mère, dans le petit salon. A Angers. Nicolas au piano, le preneur de son, maman prenant son café, moi lisant un vieux bouquin sur l’Afrique Australe, ma sœur passant faire un petit coucou, le chat qui tourne autour de tout le monde, nous discutant entre les prises, de choses parfois sans rapport avec la musique. Et puis pendant les prises, concentration totale. Et les musiques simples et solaires se suivaient les unes les autres pour donner de très belles chansons : Ca passe ou ça casse –belle ouverture du disque-, la Fin de l’innocence (titre de l’album), La vie est belle (une de mes préférées, sans conteste), Vie de couple avec chien (que j’ai souvent chantée sur scène), L’Envers-vie, Mon voisin (ah celle-là, on a tous un voisin casse-pied !), le Jeux des agneaux, Aphrodite (que je chanterais tôt ou tard), La chanson du Mas, des Histoires absurdes, des Déclics, Ciel, étoiles, mur (renversante par son atmosphère), L’erreur de casting (la première chanson que j’ai entendue de Nicolas Duclos), Les boules à neige, et la très belle chanson de clôture, celle qui arrache des larmes aux yeux tellement elle nous parle, sur l’amour d’un fils à son père, nostalgique sans pathos, un chant d’amour discret et profond, Depuis ce jour-là.

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            Voilà. C’est un très bel album de 15 chansons. Je vous encourage à le découvrir. Parce que Nicolas Duclos chante nos vies, nos quotidiens mieux que beaucoup de chanteurs à texte trentenaires. Qu’il n’y a pas de narcissisme. Que de Chambery au Malawi, on peut l’écouter avec le même entrain, la même joie, la même émotion. Parce que la musique y a son importance : trop souvent, en chanson, le texte prime sur la musique, ici il n’en est rien. A écouter chez soi quand on est morose.

Parce qu’après on va mieux.

            Jann Halexander

Découvrir l’album, se le procurer :

 www.nicolasduclos.fr / nicolas.duclos.chanson@gmail.com

Nicolas Duclos chante Nicolas Duclos