3 questions à Anne-Cécile Makosso-Akendengué sur son recueil 'Paysages intérieurs'

     

Anne-Cécile Makosso-Akendengué, auteure de 'Paysages Intérieurs' cliché n°2 JAnne-Cécile Makosso-Akendengué, auteure de 'Paysages Intérieurs' cliché n°1 J Anne-Cécile Makosso-Akendengué, auteure de 'Paysages Intérieurs' cliché n°3 JPaysages intérieurs - couverture

 

Après un roman décalé ('Mathilde et son pianiste', édition les 2 encres, 2007), un récit de souvenirs émouvants ('Ceci n'est pas l'Afrique', éditions L'Harmattan, 2010, au succès réel sur le long terme), Anne-Cécile Makosso-Akendengué revient avec un recueil de 15 nouvelles, aux éditions Edilivre, 'Paysages intérieurs'. Il est question de la confrontation réalité/imagination, de la place du souvenir pour affronter, surmonter certaines situations. C'est la force du paysage intérieur, celui qui rappelle l'importance, la nécessité, de rêver dans la réalité du quotidien. Entretien bref avec une femme à l'écriture rare. 

. Anne-Cécile Makosso-Akendengué, merci de nous accorder cette interview, après le format roman de Mathilde et son pianiste, le format récit du vécu avec Ceci n'est pas l'Afrique,  vous êtes passée au format nouvelles, pourquoi ce changement ?

 J’ai envie d’essayer divers genres, et par ailleurs je suis portée sur les formes courtes. La nouvelle est donc un genre qui m’attire. Il faut aimer raconter des histoires pour écrire des nouvelles, et c’est mon cas. J’ai plaisir à inventer, à imaginer.

 

 . On comprend que les paysages intérieurs, c'est la gamme des sentiments qui nous animent, qui nous déchirent, qui nous traversent, est-ce qu'il y a de l'autobiographique dans ces nouvelles ? 

Forcément, il y a de moi ! Mais mélangé à de la fiction, à des décors imaginés, et des dialogues qui n’ont jamais eu lieu, même si cela peut avoir sa source dans ma vie. Je peux aussi utiliser parfois ce que l’on me raconte, en y rajoutant ou enlevant certains éléments. Bien sûr l’imagination n’est pas complètement détachée du réel, et plus précisément de soi. Des sentiments, des colères ou des plaisirs. Oui il y a de moi dans ces nouvelles, mais quel moi ? Celui que je rêve ou celui que je suis ? La frontière est mince, et reste souvent imperceptible, au moins aux yeux des autres...

 

. Vos publications sont régulières et espacées dans le temps, sur quoi travaillez-vous actuellement ? 

Rien à voir avec ce que j’ai déjà fait : je travaille à des mots croisés ! J’aime passer « de l’autre côté de la barrière », donc la cruciverbiste se transforme en verbicruciste ! En fait j’ai un projet de roman. C’est vrai je travaille lentement (car je considère l’écriture comme un travail), donc ce prochain roman ne verra pas le jour avant 2 ans au minimum. Et je laisse le suspens. Le thème sera-t-il musical comme dans ma première parution, ou concernera-t-il l’Afrique, comme dans la deuxième ? Les deux peut-être !

 

 . Merci!

 

Broché: 134 pages - Editeur : Edilivre (5 septembre 2014)

Points de vente : 

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Ceci était l’Afrique…

Afrique

 

En accompagnant mon père il y a deux jours à la zone d’embarquement pour Moscou, je réfléchissais à l’étrangeté de nos vies, qui passent, filent et qui nous donnent si peu l’occasion de nous retourner et de méditer sur les années passées.  Mon père avait passé de longues semaines en France, un mois au Gabon pour régler quelques affaires puis là, retournait dans les neiges russes, qui lui étaient familières depuis déjà plus de deux ans. Lorsque je dis aux gens, je vais voir mon père, on me dit : ah tu vas retrouver le soleil du Gabon. Je rectifie : non, je vais en Russie, c’est là qu’il travaille. Moscou fait partie de mes repères, le quartier Proletaskaya de ma psyché. Et le Gabon natal, dans tout ça ? 

               Il devient une sorte d’image lointaine…qu’en reste t-il, à part origines, des souvenirs, des photos ? Je n’y suis pas retourné depuis si longtemps. Je serais incapable de dire si le pays me manque. La vie fait que je n’y suis pas encore retourné. Et les images des souvenirs se brouillent, deviennent floues, surtout quand on refuse de se laisser à l’idéalisation du pays natal. Je n’aime pas l’idéalisation.

               Du coup la parution  en 2009 du roman Ceci n’est pas l’Afrique, par ma mère, qui y a racontait ses années passées à Libreville fut comme une sorte de soulagement, de remise des pendules à l’heure. Au fur et à mesure que se succédaient les pages, les saveurs, les images, les mots, les ambiances revenaient, ce n’était plus quelque chose de lointain, ce n’était plus du vieux vécu, de l’abstrait mais du concret.

Je pense à l’atanga, en premier lieu, un petit fruit violet étrange, oblong, que mon ami n’aime pas du tout. Je pense aux badamiers qui parsemaient la capitale. Dans le récit de Maman, la nostalgie ne pointe jamais le bout de son nez. C’est peut-être dommage mais c’est mieux ainsi, je crois. C’est un récit vivant, je songe aux descriptions du climat équatorial, de la moiteur de la saison des pluies à la fraîcheur des saisons sèches. Aux hibiscus, aux bougainvilliers. A l’importance de la moustiquaire. Mozart, Sinatra dans la voiture climatisée. Les samedi après-midi à la piscine tantôt du Méridien, tantôt de l’Intercontinental, à manger des glaces. Les marchandes de beignets. Les matitis (bidonvilles). Les pontes et leurs femmes dans la grande galerie commerciale de M’bolo. La saleté des rues. Les sacs en plastique qui polluent les plages. Les billes de bois flottant au large de Port-Gentil. Les coupures d’électricité. L’excursion à Lambaréné, la ville du fameux Docteur Schweitzer. La sorcellerie, qui empoisonne la vie de tant de gens. Qui rend ce pays si étrange, où il ne faut pas croire en la gentillesse. Où tout le monde se méfie de tout le monde. Quelque chose de difficile à faire comprendre aux gens extérieurs qui n’y connaissent rien et veulent absolument tout aplanir en disant : c’est partout pareil.

Enfin, l’Afrique vécue, c’était Libreville, son bord de mer, le boulevard triomphal ; le centre-ville, ses cinémas, ses bars, ses restaurants chinois, italiens, la fête du Beaujolais nouveau, les buffets du dimanche dans les hôtels, bref rien ne qui puisse correspondre à l’image idéalisée d’une Afrique misérable, sans eau, sans électricité, avec des gens en haillons et des animaux dangereux à chaque coin de rue. Tintin au Congo faisait figure d’œuvre sympathique et anecdotique et je ne me souviens pas avoir entendu des gens parler d’une Afrique forte, digne et dominatrice qui attendait le moment venu pour se relever. Ce sont des choses qu’on entendait dans la diaspora. Mais pas dans le Gabon quotidien. Où les gens voulaient vivre, simplement. Veulent vivre. J’avais peur que le roman de ma mère passe totalement inaperçu. Evidemment, on n’en a pas parlé assez mais beaucoup plus que je ne l’aurais cru. Il m’est arrivé des fois de tomber sur une connaissance me disant : tiens, au fait j’ai lu le livre de ta maman. Maman n’a pas joué, effectivement, comme le disait, je crois, Luc Melmont, du blog Culture et Chanson, les femmes blanches délaissant tout leur occident pour s’africaniser à l’extrême (car que veut dire vraiment être africain, au fond ??), elle a vécu sa vie de femme affrontant les bons comme les mauvais moments de la vie là-bas. Il y a un côté Philippe Delerm au niveau de la légèreté de certains passages. Mais quand la gravité est là, parce qu’on ne peut l’éviter, alors il y du Nadine Gordimer et on réalise que ce Ceci n’est pas l’Afrique n’a pas été simplement écrit par une femme française expatriée, mais pas une femme blanche devenue une femme africaine blanche ancrée dans son époque. C’est le bienfait de ce bouquin, que l’on peut trouver dans les fnacs, sur amazon, priceminister etc…

Jann Halexander

http://www.priceminister.com/offer/buy/103514102/anne-cecile-makosso-akendengue-ceci-n-est-pas-l-afrique-livre.html

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=30946

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http://cecinestpaslafrique.blogspot.fr/